° ETUDES de Maths / physique , Maîtrise….On est en 1972…c'est une époque charnière, « historique » où l'on cherche ses racines, les idées foisonnent, on rêve ….. mais aussi , on ose.
L'avenir de technocrate a perdu de son attrait, n'a plus de magie, et l'aventure d'un métier artistique est un appel, un risque alors naturel.
« …..j'ai commis un acte gratuit par excellence, je n'avais alors jamais vu une guitare, et encore moins un luthier….ni même travaillé le bois…
Avant même l'attirance pour l'instrument, ce choix a représenté pour moi, le moyen de conquérir ma liberté et d'affirmer une originalité… ».
• Michel Donadey commence donc « sur le tas » son apprentissage, en autodidacte, cela durera longtemps, car il n'a eu aucune formation sur un art aussi diversifié en techniques délicates que celui de la Lutherie.
Il lui faudra 10 années pour, dit-il, commencer à faire des guitares…(très peu de luthiers acceptent, à l'époque, de donner leur savoir).
Poutant, c'est sa rencontre avec Maître Carbonnel qui, dés le début, sera décisive par la transmission de sa passion.
La technique , Michel l'apprendra surtout en Espagne auprès des luthiers, avec josè Gimenez, puis il travaillera 10 ans à la remettre en cause, après avoir entendu les guitares des luthiers Anglais et Italiens….
En fait, ce qui guide Michel Donadey, c'est son écoute : sa précision à disséquer chaque note et sa composition harmonique…et ce n'est pas un hasard , si, avant que de rencontrer M. CARBONNEL , il se dirigeait vers des études sur « la prise de son ».
• Michel Donadey, dès lors, cherchera à explorer des sonorités, des entités sonores , dit il, mettant alors l'accent sur la première des qualité de tout instrument, selon lui :
son Unité…sa Cohésion….son Articulation.
• « … Comment je construis une guitare ?
je dois impérativement l'avoir préparée dans ma tête d'abord…avoir construit ce que j' appelle : sa colonne vertébrale : Axe et point de rencontre de toutes les articulations.
Le reste en découle alors, et je n'ai « plus qu'à » me mettre au travail de réalisation….»
Sa direction de recherche est d'épurer le timbre, tout en le gardant riche et profond, alliant fluidité et force, précision, nervosité, et caractère ...et une douceur toujours à disposition sans être envahissante.
La polyphonie de ses guitares est très claire, visible :
Visuellement, c'est comme une montagne érodée qui laisse apparaître ses sols en strates….
De plus en plus, son travail s'apparente, aime t'il à dire, à celui de l'Alchimiste , une technique pas tout à fait scientifique, mais une démarche rigoureuse…qui observe et classe, et qui s'appui sur une bonne interaction entre le côté intuitif du cerveau, et le côté analytique….l'un apprenant de l'autre, sans se combattre l'un l'autre….travail de dosage entre ces 2 aspects , surtout travail d'échange…échange et écoute, qu'il aime à provoquer (et c'est là, bien le mot), chez les guitaristes…..
« ….Peut être encore plus que de les fabriquer, il est rude de se risquer à montrer ses instruments.
Lorsque je présente un instrument à essayer, je me retrouve bien souvent devant quelqu'un qui lutte pour retrouver ses marques, afin d'émettre, vite, vite, vite, un jugement.
Je lui propose alors de se laisser porter par la nouveauté, d'explorer, de découvrir, de se laisser guider par l'instrument en le « conduisant » sans le forcer, d'en apprécier le caractère particulier , de prendre du recul…et de le juger sur ses qualités propres, intrinsèques et non pas en l'opposant à :« ce qui ne ressemble pas à ce qu'il connaît.
Beaucoup de guitaristes ont une relation très intime avec leur instrument, très « projetée » Ils sont simplement souvent déroutés de découvrir qu'il existe autre chose d'attirant, qui les a séduit…ce que j'apprécie , car c'est la preuve que j' apporte là peut-être, quelque chose de nouveau, qui est je l'espère du niveau de la régénération. ».
Certains ont ainsi mis en route un changement qui , m'ont ils confié, leur a permis de transformer leur façon de faire leur musique.
C'est alors un de mes plus grand bonheur que de penser y avoir parfois contribué….
Évidemment, je respecte ceux qui m'avouent ne pas avoir l'envie de s'engager sur une voie aussi différente, question sonorité et (ou) qui ont autre chose à faire (composition par exemple) qui nécessite un outil (la guitare) qu'ils connaissent bien, et avec lequel ils sont en terrain connu…sur lequel ils se délectent, comme je respecte aussi et m'enrichi de ceux qui sont attirés par d'autres luthiers, d'autres directions sonores que les miennes………..
Pour moi, cependant, ceux qui « adoptent » une de mes Guitares font une traduction de toutes mes perceptions, leurs donnent une forme audible, une incarnation.
Ils rendent mes perceptions palpables, et donnent toute sa dimension à ma quête. »
Par mis ceux-là, je suis impressionné par
ERIC FRANCERIES ….
Il a en effet entrepris un travail obstiné de « re-programmation », avec assiduité et humilité, pour faire de MA guitare : SA Guitare…il a su entendre, découvrir et exploiter mon travail tellement à fond, que mes propres idées m'en sont devenues tout à coup évidentes….pour aller bien au-delà, là où plus rien ne m'appartient plus, d'ailleurs.
…on me pose souvent la question : quelles sont vos méthodes de travail ?
Je travaille plutôt de façon artistique, sans chercher la reproductibilité, je ne peux commencer une nouvelle guitare que lorsque j'ai concrétisé une idée ou une perception nouvelle …. pourquoi ou plutôt pour qui, faire plusieurs guitares identiques, alors qu' il n'existe pas 2 Êtres identiques ?
Je travaille donc sur des sons, plus que sur de la matière, bien que cela passe par la matière….la technique et l'intuition ont fini par se rassembler, au fil des années….presque hors de moi.
Je ne cherche pas à trouver « ma » sonorité, une fois pour toute, et puis à l'exploiter.
Je travaille en explorateur. Pour moi, seul importe le chemin, la qualité de la perception à laquelle il oblige.
Le but n'est là que pour servir d'appui et être oublié, un simple support intellectuel.
Plus précisément, je cherche surtout à « ENTENDRE ».
Je recueille des informations partout, j'essaye de sentir, de visualiser les multitudes vibratoires de l'instrument, cela me guide, par exemple, dans l'invention d'une forme géométrique pour mon « barrage », (cette organisation de ces baguettes de bois à l'intérieur de la guitare).
Je travaille l'ensemble de la guitare dans la même idée, pour chacune de ses parties.
Lorsqu'on me pose une question sur telle ou telle partie de la guitare, si c'est mieux de faire ceci ou cela, je ne peux répondre que : ça dépend ! car il faut toujours considérer l'ensemble de l'instrument d'une part, et, d'autre part la définition de son caractère, le plus précisément possible.
Lorsque l'on parvient à prendre conscience avec clarté, de notre intention réelle, même sans arriver à l'exprimer, on peut obtenir alors une réponse à travers la réalisation de l'instrument, la "sanction" arrive alors, évidente et visible dans les traits qualitatifs de l'instrument.
Inutile en effet de s'embarrasser de définitions logiques, la logique, c'est pour mettre le cerveau à l'aise , la Musique s'adresse à nos sens, notre émotionnel, notre perception intuitive.
Les guitaristes nous aident dans cette recherche, mais ils ont du mal à formuler avec des mots ce qu'ils perçoivent de la sonorité…
Souvent, au contraire, ils attendent de nous une réponse à leur quête inconsciente sur le son, ils recherchent le son qui va les Servir, et servir leur attente du moment, le luthier, lui, recherche une qualité plus universelle, il est donc sur le front et seul, ….il lui faut assumer cette responsabilité, et cette incertitude.
C'est pour cela que je pense que le vrai secret de la lutherie, est dans la conscience de devoir travailler son écoute avec le plus de précision possible.…
Ceci qui explique aussi que personne ne peut nous voler aucun secret.
Les secrets de la Lutherie ne peuvent que se transmettre".